lundi 1 avril 2013

Le couple face à la PMA

Ce n'est pas un hasard si les premières pages de notre livre "Père malgré tout" décrivent ma rencontre avec mon épouse et nos premières années de vie de couple. J'en précise d'ailleurs la raison à la fin du premier chapitre : ces 7 premières années nous permis de construire notre couple, ce qui nous a aidé dans notre projet PMA. Comment le couple réagit-il face aux difficultés d'une procédure de PMA? Quelles sont les difficultés à affronter, que faut-il faire pour limiter les risques? C'est ce que je vous propose d'aborder dans ce billet.

Le couple soumis à rude épreuve


Pendant tout le temps que dure une PMA, le couple est soumis à rude épreuve. Il y a tout d'abord le stress et l'inquiétude lié tout simplement au doute : arriverons-nous à devenir parents un jour ? Rien n'est jamais sûr, et il arrive des jours où le doute l'emporte sur l'espoir. Dans ces moments là, le moral n'y est pas, et quand on est déprimé & triste, on n'est pas forcément facile à vivre.

Il y a les difficultés logistiques à affronter pour assumer les traitements. Les arrêts de travail à poser, les pertes de salaires quand on fait une pause professionnelle pour se donner plus de chances, les déplacements à faire pour les examens, les ponctions, ... Je décris dans mon livre ces moments difficiles que sont les déplacements de Rambouillet à Poissy pour les échographies, en plein bouchon, avant d'aller ensuite travailler : il régnait dans la voiture une ambiance tendue, où chacun était sur les nerfs.

Il y a aussi la "mise en parenthèse" de la vie et ses impacts sur la vie de couple : que ce soit à cours termes (planifier des vacances), ou que ce soit des projets de vie. Impossible de savoir ce que le mois prochain nous réserve : PMA ou pas PMA. Et impossible de savoir dans quel état d'esprit on sera pour ce fameux week end entre amis qu'on nous propose quelques jours après une tentative.

Il y a le poids du secret, quand on ne veut pas (ne peut pas) parler aux proches de cette quête à l'enfant. Difficile de supporter la belle famille qui met la pression sur le couple (sur la femme le plus souvent) sans connaître le contexte. Le pire étant lorsque les traditions et la religion s'en mêlent et que la stérilité du couple retombe sur la seule femme pourtant fertile, pour la seule raison que la stérilité de l'homme n'est pas avouable.

Il y a potentiellement la culpabilité d'un des partenaires stériles vis à vis de son (sa) partenaire, et pire : les reproches du partenaire fertile envers le partenaire à l'origine du stérilité du couple, situation pour le moins destructrice, et pour tout dire, stupide.

il y a aussi la question de la sexualité, quand la libido est en berne, et que cette sexualité qui rapproche les êtres ne joue plus son rôle de ciment du couple. Pire, lorsque cette situation génère de la frustration chez l'un des deux partenaires.

Il y a aussi les difficultés du traitement, et ses conséquences physiologiques : les douleurs, et les sauts d'humeur qui ne manquent pas de poser des problèmes relationnels au sein du couple, qui peuvent mener à sa perte si le couple ne réalise pas que cette tension est à imputer au traitement.

Enfin, il y a une tristesse toute simple qui peut envahir un jour l'homme ou la femme, ou les deux, et faire sombrer le couple dans une spirale dépressive et négative, et le mener à l'implosion : cette simple tristesse de ne toujours pas être parents, et de ne pas avoir un enfant à chérir.

Tout est question de symétrie


J'ai une théorie pour chacun puisse mesurer le degré de danger que la PMA peut représenter pour son couple. Il "suffit" de mesurer la symétrie du couple sur cinq points majeurs.

Ce que j'appelle la symétrie du couple, c'est le fait que l'homme et la femme aient un point de vue identique, des envies identiques, une volonté similaire sur plusieurs points que je considère comme majeurs dans une aventure PMA :

- symétrie du couple sur l'envie de l'enfant : il faut que les deux partenaires aient une volonté aussi forte l'un que l'autre dans l'envie d'avoir un enfant. Il suffit que l'un des deux protagonistes ait une volonté moindre pour générer des troubles. Si l'homme est moins convaincu, il aura tendance à s'agacer si son épouse se plaint des traitements, proposant de stopper tout si ça la dérange tellement, sur un ton agacé et un rien provocateur qui ne manquera pas de provoquer un conflit ;

- symétrie du couple sur les renoncements et les investissements nécessaires : il faut que les deux partenaires aient un même niveau d'investissement personnel dans le projet, et un même niveau d'acceptation des renoncements. Il s'agit d'accepter les sacrifices, les difficultés, de consentir aux efforts nécessaires (déplacements, vacances annulées, impacts professionnels). Si l'un des deux partenaires est moins investi, il bloquera dans la prise de décision, ou s'agacera des impacts de la PMA sur la vie du couple, ce qui provoquera des difficultés relationnels ;

- symétrie du couple sur la sexualité : pendant la PMA, le corps de la femme devient une sorte de mécanique sur lequel le médecin-garagiste est continuellement penché pour trouver le meilleur réglage. C'est très mécanique, oubliez l'érotisme. Généralement, le couple perd le goût de la bagatelle, que ce soit pour des raisons de contexte, ou pour des raisons liées aux conséquences des traitements hormonaux. Si l'un des partenaires (l'homme généralement) a un regain de libido que ne partage pas son (sa) partenaire, il y aura quelques frictions inévitables.

- symétrie du couple sur l'après PMA. Si la PMA ne fonctionne pas, que ferons nous ? On abandonne, on continue, on adopte ? Le couple doit être au même diapason sur la solution alternative si la PMA échoue, en particulier sur le sujet de l'adoption.

- symétrie du couple sur l'espoir de réussite. Homme et femme font un numéro de trapézistes pendant tout la durée de la PMA: quand l'un perd espoir, l'autre rassure, et ainsi de suite, chacun son tour. Ce numéro ne fonctionne que si les deux partenaires ont globalement le même niveau d'espoir sur la réussite de leur projet. Le risque serait qu'un deux protagonistes n'y croient pas du tout : dans ce cas, le jour où sa partenaire lâchera le trapèze en plein vol, il ne sera pas capable de la rattraper.

Et si la PMA était un ciment pour le couple ?


Depuis le début de ce billet, je parle principalement des risques que représente la PMA pour le couple. Je me suis concentré sur les aspects négatifs. Pourtant, pour les couples soudés dont la "symétrie" est parfaite, cette épreuve est un ciment puissant.  Face à cette difficulté, ils développent une réelle solidarité, ils forment une vraie équipe, ils partagent les mauvais moments, mais aussi les bons moments.

Bref par les difficultés et par leurs efforts, ils écrivent à deux leur histoire, en espérant que ce sera également celle de leurs futurs enfants. Et ça, c'est quelque chose d'inestimable.

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